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Casser la culture de la pauvreté – le plus grand défi de la société : groupe d'expertes

Des exposés et des discussions sur la pauvreté touchent l'auditoire

par Roderick Benns
Chef de la rédaction

Selon un groupe de quatre expertes, réunies récemment pour traiter de la pauvreté, il faut inculquer aux enfants, dès le plus jeune âge, la conviction qu'ils peuvent laisser derrière eux les circonstances troublantes de la pauvreté.

La Pauvreté égale t-elle destinée? Combler l'écart des résultats a été organisée par le Secrétariat de la littératie et de la numératie du ministère de l'Éducation de l'Ontario, dans le cadre d'une série mensuelle de déjeuners conférences. La série vise à encourager les employés du Ministère à discuter de l'équité des résultats pour tous les élèves, l'un des éléments clés du Secrétariat. L'assistance était invitée à casser la croûte et à participer aux discussions du groupe d'expertes, qui se sont prononcées sur la pauvreté et son rapport avec les résultats scolaires et sociaux.

Les expertes représentaient un large éventail de disciplines, mais chacune a semblé tirer une force de la perspective des autres au cours des 90 minutes qu'ont duré les exposés et les discussions auxquelles a participé l'auditoire.

Mme Zanana Akande a grandi dans une famille pauvre du quartier Kensington de Toronto, mais elle se rappelle l'assurance que lui a inculquée sa mère et le fort appui qu'elle lui a accordé.

« Il existe une différence profonde entre être pauvre et vivre dans la pauvreté. La pauvreté est une culture, un jeu de valeurs et de croyances adoptées par un groupe. Elle peut déterminer la pensée et les attentes des gens », à tel point que de nombreuses générations peuvent connaître un cycle de vie comparable, a-t-elle expliqué.

Mme Akande a offert l'exemple d'une personne vivant dans la pauvreté qui gagne à la loterie. Très souvent, la personne choisira de vivre dans le même quartier ou à proximité de celui ci, se contentant tout bonnement de construire une meilleure maison avec ses gains, a-t-elle déclaré.

« La personne partage les attentes et le langage de la population du quartier, et c'est là que vivent ses amis. Elle choisira alors, très souvent, de renoncer à la réussite pour pouvoir demeurer au même endroit », a-t-elle dit.

À son avis, le logement abordable est absurde lorsque envisagé sous cet angle, car il engendre la notion que les pauvres devraient vivre ensemble et se sustenter des idées de leur entourage.

Ce qu'il faut en réalité, a-t-elle insisté pour dire, c'est que les éducatrices et éducateurs, la famille et la société en général cultivent la croyance que les gens peuvent dépasser leurs circonstances.

Mme Martha McKinnon, directrice générale de Justice For Children and Youth, une clinique d'aide juridique au service de jeunes à faible revenu, a fait savoir que l'administration doit réfléchir soigneusement à la situation avant de demander l'intervention de la police quand une situation éclate à l'école. De plus, elle doit s'armer de prudence avant de décider de suspendre ou de renvoyer un élève, car une telle décision « ne manque jamais d'envenimer la situation ».

« Les éducatrices et éducateurs ont des moyens de transformer le comportement plus efficaces que ceux du système policier », a-t-elle fait remarquer.

Selon Mme McKinnon, les auteurs de la Loi sur la sécurité dans les écoles — souvent mise en cause comme étant à l'origine de trop nombreux renvois et suspensions — avaient toujours prévu qu'elle soit appliquée avec discrétion. Toutefois, précise t elle, étant donné la lourdeur du document, la plupart des écoles et le système même semblent adopter une approche normalisée du renvoi et de la suspension.

« Mais une approche normalisée ne fonctionne jamais. Elle ne fonctionne pas pour l'apprentissage, ni pour régler le problème qui nous occupe », a-t-elle soutenu.

Elle prie les conseils scolaires de recueillir de plus amples données pour nous renseigner sur les élèves marginalisés. « Nous ne voulons pas nous contenter d'anecdotes, il nous faut des données empiriques », a souligné Mme McKinnon.

Selon Mme Terezia Zoric, le personnel enseignant lui-même appauvrit par inadvertance l'enseignement, car il n'a pas toujours l'occasion d'acquérir toutes les connaissances dont il a besoin pour assurer l'apprentissage efficace de tous les élèves.

Mme Zoric a parlé longuement des façons dont le système s'efforce de cacher souvent les questions de classe, malgré les progrès qu'il a réalisés dans le traitement des autres distinctions, celles de la langue ou de la race, par exemple. Toutefois, a-t-elle dit, les questions de pauvreté, de classe et de justice économique sont « pratiquement inexistantes » dans le programme éducatif.

Mme Akande s'est dite d'accord avec ce point de vue : « Les omissions sont criantes. Les enfants pauvres ne voient jamais le reflet de leur vie dans le matériel didactique, sauf lorsque son aspect pathétique est présenté. Les gens qui se disent insensibles aux classes lorsqu'ils enseignent devraient exercer une autre profession. »

Mme Zoric croit que les uniformes scolaires « masquent une identité sociale ».

« Alors, quelles autres identités sociales essayons nous de camoufler? » a-t-elle demandé.

À son avis, lorsqu'une enseignante ou un enseignant constate l'existence de la pauvreté, il l'interprète comme un déficit, mais il ne considère pas qu'il lui incombe d'y trouver une solution, car le problème est trop vaste.

Elle juge important que nous commencions à recruter des enseignantes et des enseignants qui souhaitent réellement travailler avec des enfants pauvres si nous voulons vraiment changer la situation.

« Je ne prétends pas que l'éducation soit la solution à la pauvreté [...], mais il faut entamer les discussions à un point quelconque », a ajouté Mme Zoric.

Mme Val Taylor a appris au groupe que le problème posé par les enfants qui se présentaient à son école de la région de York le matin sans avoir mangé a été résolu en partie grâce à l'adoption d'un programme intégré de petits déjeuners conçu pour l'ensemble de la population étudiante. Comme le programme financé était ouvert à tous, de nombreux élèves ont choisi d'en faire usage pour pouvoir rencontrer leurs pairs, ce qui n'a pas empêché l'initiative de répondre discrètement à un besoin ressenti par de nombreux élèves.

Sous la direction de Mme Taylor, Lake Wilcox Public School, dont le profil scolaire et socioéconomique était faible, a connu un épanouissement, et les résultats des élèves ont commencé à s'améliorer. De plus, les problèmes sociaux ont été discutés ouvertement et d'une manière englobante, ce qui s'est traduit par une diminution du taux de roulement du personnel et un engagement resserré de la part tant des enseignants et des enseignantes que des élèves.

Selon Mme Taylor, la résolution de nombreux problèmes ressentis en classe doit passer par le perfectionnement professionnel de qualité du personnel enseignant, l'accent mis sur le renseignement éducationnel, un fort engagement du personnel et une discussion exhaustive sur les moyens optimaux à prendre pour parvenir au succès durable.

Les expertes

Mme Martha McKinnon a enseigné l'anglais et l'expression dramatique au secondaire pendant huit ans avant d'être inscrite au Barreau de l'Ontario en 1986. Elle s'est spécialisée en droit de l'éducation et droits des enfants, ce qui lui a permis d'exercer la fonction d'avocate conseil auprès du York Region Board of Education pendant huit ans. Elle est l'actuelle directrice générale de Justice For Children and Youth, une clinique d'aide juridique au service des jeunes à faible revenu.

Mme Zanana Akande est vice présidente de la Community Unity Alliance et ancienne présidente de l'Urban Alliance for Race Relations. Elle a été ministre des Services communautaires et sociaux au gouvernement NPD et adjointe parlementaire du premier ministre d'alors, M. Bob Rae. Auparavant, elle était directrice d'une école élémentaire à Toronto.

Mme Terezia Zoric est conseillère en politiques d'équité et chargée d'enseignement à l'Institut d'études pédagogiques de l'Ontario de l'Université de Toronto. Elle a été coordonnatrice de l'équité au Conseil scolaire du district de Toronto et elle a une grande expérience de la rédaction et de l'analyse de curriculum.

Mme Val Taylor est directrice de Glad Park Public School dans la région de York. Elle était auparavant directrice de Lake Wilcox Public School, dont le profil scolaire et socioéconomique est faible. Elle a également été consultante régionale en curriculum à la région de York.