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Histoire d'une directrice d'école – Approche élargie de l'utilisation des données pour l'évaluation

Par Jacqueline Herman

Deux semaines après ma nomination en tant que directrice d'école, j'ai dû, comme toutes les autres directions d'école, organiser la soirée annuelle des parents avec le personnel enseignant. Je pensais que peut-être quelques parents viendraient me parler et se présenter, ou encore contester le placement d'un enfant dans une classe donnée. J'étais prête pour la soirée, ou du moins je le pensais.

Je n'étais pas prête à recevoir toute une file de parents et dans un cas particulièrement compliqué, un grand-père, ancien directeur d'école à la retraite, qui voulait savoir ce que je comptais faire pour améliorer le mauvais rendement de l'école à l'OQRE. Je l'ai regardé, et j'ai dit « Bonne question », et comme bien entendu, je n'ai pas fermé l'œil de la nuit.

Je suis retournée à l'école avec un but : examiner de façon plus approfondie les données concernant l'école. Cela comprenait un sondage d'entrée à l'école avec le personnel et les membres du conseil d'école, les rapports de l'OQRE, les bulletins scolaires, les rapports de discipline, les objectifs de l'école, les plans à long terme et les évaluations du rendement du personnel enseignant.

Au départ, j'ai commencé cette analyse toute seule. J'ai posé beaucoup de questions, j'ai fait un examen systématique, j'ai recueilli des informations; j'ai, à la base, effectué une analyse de l'écart pour identifier les forces et les besoins en approches pédagogiques et en ressources. Bien que je pensais qu'il était important de prendre le temps de développer une culture d'école favorisant la collégialité et les rapports positifs, en tant qu'enseignante spécialisée en rattrapage de lecture et en tant que personne passionnée par l'enseignement de la littératie, j'ai ressenti le besoin impérieux de m'occuper des besoins d'apprentissage des élèves.

Le défi était de trouver un moyen pour communiquer au personnel le fait que la tendance générale du rendement des élèves accusait un déclin régulier depuis quatre ans et que moins d'élèves atteignaient la norme provinciale. En 2002, seulement 35 % des élèves de 3e année avaient un rendement de 3 ou plus. Bien évidemment, j'ai entendu les excuses habituelles… Je suis sûre que vous les connaissez aussi : « Regardez nos élèves, ils n'ont pas de livres à la maison, leurs parents ne nous aident pas, l'OQRE ne compte pas ». Mais l'excuse que je préfère par-dessus tout, c'est « Je ne vais pas "enseigner" pour le test. »

Que devais-je faire?

Au lieu de pleurer sur mon sort, j'ai invité les leaders des cycles et tout le personnel intéressé, ainsi que les représentant(e)s du conseil d’école à se joindre au comité de plan d'action de l'école.

A prime abord, cela a paru être une tâche écrasante. Il y avait tellement de sujets à couvrir. Nous avons commencé par développer une vision commune. Il n'y avait aucun doute que les enseignant(e)s travaillaient fort pour promouvoir la réussite des élèves. La réalité était que nous n'avions pas l'option de choisir nos élèves. Cependant, nous avons contrôlé le milieu d'apprentissage et l'enseignement. Notre connaissance des variables contextuelles pourrait influencer les stratégies que nous avions choisies d'utiliser. Après de nombreuses conversations, nous sommes tous tombés d'accord sur le fait que nos élèves pourraient réussir, si on leur donnait du temps et un appui. Deuxièmement, si nous pouvions effectivement enseigner en ciblant une compétence et en suivant les attentes du programme, le rendement des élèves devrait s'améliorer.

Nous sommes tous d'accord pour dire que chacun d'entre nous est responsable du rendement et de la réussite des élèves. Le rendement des élèves lors des évaluations de 3e et de 6e année n'est pas le reflet des enseignant(e)s de 3e et de 6e année, mais plutôt du travail de tout le personnel de l'école. C'est une responsabilité collective et partagée.

Ensuite, nous avons identifié avec précision ce que nous voulions que nos élèves sachent et puissent faire. Nous avons décidé de nous concentrer sur l'amélioration du rendement des élèves en lecture et en écriture et d'aligner nos objectifs sur l'ensemble des objectifs du conseil. Le conseil se concentrait sur la mise en oeuvre d'un programme de littératie équilibré pour les classes du primaire. C'est donc devenu notre but. C'était une pratique de recherche prouvée et nous savions que nous allions recevoir beaucoup d'appui de la part des conseillers pédagogiques et des enseignant(e)s itinérant(e)s en littératie.

Une fois que nous avions déterminé nos objectifs, nous avons dû décider quelles stratégies utiliser, qui allait être responsable, l'établissement du calendrier de mise en œuvre et quels seraient nos indicateurs du succès de la mise en œuvre.

À présent, nous sommes à la quatrième année de notre plan, que nous modifions et révisons chaque année. On encourage les enseignant(e)s à aligner leurs plans d'apprentissage annuel sur l'objectif du plan d'amélioration de l'école. On se concentre vraiment sur l'élargissement des connaissances des enseignant(e)s à propos des meilleures pratiques pédagogiques, en utilisant le budget pour accroître les ressources (comme des textes nivelés, des magazines pour les garçons), faciliter les activités professionnelles au cours de la journée scolaire pour que les enseignant(e)s puissent planifier et évaluer ensemble le travail des élèves.

Les questions administratives sont communiquées sur le site Web de notre école, Sharepoint. Les enseignant(e)s se sont engagés à lire ces notes de services plus longues afin que les réunions du personnel puissent se concentrer sur le perfectionnement professionnel.

On encourage la planification par année d'étude. Ce dialogue améliore la cohérence de l'apprentissage et les expériences pour ce niveau d'étude. Nous avons trouvé que le fait de développer en collaboration, des plans pédagogiques similaires à long terme, et des stratégies d'évaluation au niveau d'une même année d'étude, réduit les possibilités de plaintes de la part des parents. Par exemple, les enseignant(e)s font des présentations conjointes à la soirée des parents et envoient à la maison les mêmes bulletins de nouvelles pour un niveau d'étude. En tant que directrice de l'école, j'ai moins à lire et plus de temps pour visiter les classes. J'ose espérer que le personnel et les élèves savent combien j'aime visiter leurs classes.

L'équipe de plan d'action de l'école est devenue à présent l'équipe d'amélioration en littératie. Nous nous efforçons de nous rencontrer chaque mois. J'offre le dîner. C'est sûrement la raison pour laquelle nous sommes 12 membres! Nous faisons le suivi de notre plan et effectuons des révisions. Par l'intermédiaire de ce dialogue nous préparons l'ordre du jour de la réunion mensuelle du personnel et nous nous concentrons principalement sur le perfectionnement professionnel. Ces conversations continuent pendant les réunions mensuelles de l'équipe d'apprentissage professionnel qui sont animées par des enseignant(e)s leaders.

La meilleure façon de décrire comment ces équipes utilisent les données est de donner un exemple. Au mois de septembre de l'année scolaire en cours, l'examen des données d'évaluation formatives en salle de classe et des données de l'OQRE a montré clairement que nos élèves devaient travailler leurs compétences en écriture. Le rapport de renseignements sur les items de l'OQRE a indiqué que les compétences à cibler en écriture étaient celles d'enseigner à nos élèves d'organiser leurs écrits et d'ajouter des détails pour exprimer leurs idées de façon cohérente. En se fondant sur les preuves analysées, nous savions ce que les élèves devaient apprendre.

Cela est devenu un point focal de l’enseignement pour tous les cycles. Chaque équipe d'apprentissage professionnel (EAP) a développé un objectif SMART dans le domaine de l'organisation des écrits. Ces objectifs sont organisés, consignés et révisés chaque trimestre. On s'attend à ce que chaque équipe organise la façon dont elle atteindra cet objectif. J'appuie le plan en achetant les ressources, en planifiant les ateliers ou l’invitation de conférencièr(e)s et en facilitant les activités professionnelles au cours de la journée d'enseignement, avec la suppléance.

Les enseignant(e)s ont développé en collaboration des évaluations communes, afin de déterminer des points d'entrée de rendement pour chaque élève. On les encourage à utiliser le même vocabulaire et les indicateurs de rendement décrits dans les tableaux de rendement. Le dialogue à propos des rubriques et des exemples à utiliser est essentiel pour développer une cohérence et une compréhension commune dans toute l'équipe. On s'attend à ce que les élèves et les parents comprennent clairement ces normes.

L'évaluation commune ne doit pas être un travail supplémentaire, mais plutôt une tâche qui est liée aux attentes du programme et qui est évaluée selon les différentes rubriques. C'est vraiment un exercice en évolution. Les questions posées deviennent de plus en plus spécifiques au fur et à mesure que les enseignant(e)s augmentent leurs connaissances et leur compréhension de l'utilisation des évaluations et du besoin de précision dans leur enseignement.

On s'attend à ce que ces exercices soient évalués ensemble par les enseignant(e)s d'une même année d'étude, mais avant tout que ces informations déterminent le type d'enseignement en salle de classe. Récemment, les enseignant(e)s ont établi et exprimé clairement des objectifs cibles pour chacun de leurs élèves. Nous avons mis en œuvre le plan et nous continuons à discuter au cours des réunions EAP.

Le rendement des élèves sur les tâches évaluées (aussi bien en lecture qu'en écriture) fait l'objet d'un suivi sur un tableau de pistage. Nous avons récemment commencé à suivre les informations à l'aide d'un programme de base de données simple.

Puisque cet article traite de ce que les enseignant(e)s font avec les données, je leur ai demandé quelles étaient les stratégies qui les avaient forcées à regarder les données de façon plus signifiante. Voilà ce qu'ils m'ont répondu :

« Lorsque vous avez créé le tableau de pistage, vous avez exposé les données au grand jour. C'était un portrait révélateur et j'ai hâte de faire avancer mes élèves. »

Il est important de noter que ce mur est aussi un bon point de départ pour discuter de ce que nous avons besoin de faire pour aider les élèves qui n'avancent pas. Un autre enseignant a dit « La feuille de données de la salle de classe qui présente les progrès de chaque élève au fur et à mesure du temps m'a forcé à regarder les informations avec plus d'attention. En fait, certains de mes élèves avaient de meilleurs résultats que ce que je pensais. Je réfléchis aux stratégies dont j'ai besoin pour continuer. Je me préoccupe des élèves qui ne progressent pas en lecture. »

De façon générale, les enseignant(e)s considèrent qu'il est essentiel d'avoir un perfectionnement professionnel continu et d'avoir l'occasion de visiter d'autres salles de classe et d'autres écoles pour pouvoir dialoguer avec des collègues et voir quelles sont les meilleures pratiques.

Comme le préconise Richard DuFour, les directions d'école jouent un rôle clé en montrant leur engagement par leurs actions. Par nos actions et non par nos paroles, nous montrons ce qui compte. Nous aidons les élèves en aidant les enseignant(e)s à enseigner de façon plus efficace. Ceci dit, les enseignant(e)s savent qu'une partie du processus d'appréciation de leur rendement sera liée à des observations spécifiques et à des conversations concernant ses résultats et la mise en œuvre de la littératie.

Mon défi est d'être une gestionnaire efficace, afin de créer un milieu scolaire sûr et ordonné. Un tel milieu permet aux enseignant(e)s de se concentrer sur l'enseignement et l'apprentissage, en maintenant ainsi l'intégrité de la salle de classe.

Ceci implique aussi une collaboration continue. Une fois qu'on commence ce genre de discussion, il faut aussi être ouverte à toutes les suggestions du personnel. Les enseignant(e)s vous demanderont de planifier de longs blocs d'enseignement. Cela signifie que vous devrez peut-être éliminer les pratiques procédurales établies antérieurement. Par exemple, vous voudrez peut-être maximiser le temps d'apprentissage en éliminant les annonces. Le personnel (directrice ou directeur d'école, secrétaire, enseignant(e)s et éducatrices ou éducateurs adjoint(e)s) avec qui il faut communiquer régulièrement peut utiliser un émetteur-récepteur portatif.

La tendance est maintenant croissante dans les résultats de l'OQRE. Les données ont montré qu'au fur et à mesure que le rendement des élèves s'améliore en lecture et en écriture, il y a une amélioration correspondante dans le rendement en mathématiques.

Soixante-seize pour cent de nos élèves de 3e année atteignent ou dépassent la norme provinciale en lecture et en mathématiques. Cela fait deux ans que ces résultats se maintiennent.

Bien que nous n'ayons pas encore obtenu ce genre de résultats pour la 6e année, la bonne nouvelle est que 65 % des élèves répondaient à la norme provinciale, par rapport aux 36 % obtenus par ces mêmes élèves lorsqu'ils étaient en 3e année.

Il est facile de reconnaître l'importance de l'utilisation des données. L'analyse des données et leurs transformations en informations, en connaissances et par la suite en sagesse est un processus exigeant et complexe. Le fait de prendre des décisions en se fondant sur des preuves pour cibler l'enseignement, nécessite un engagement, une passion, de la collaboration, du temps, de l'énergie et de l'enthousiasme. Cependant, lors de l'analyse finale, on s'aperçoit que l'investissement vaut vraiment les efforts effectués. En tant que leaders d'école, nous avons la possibilité d'être puissants et de devenir des agent(e)s du changement positif dans la vie de nos enfants, ces derniers constituant la plus formidable ressource de notre société.

Jacqueline Herman
St. Francis of Assisi Elementary Catholic School
Directrice d'école